Un coquelicot pour le souvenir

[English version Poppy For Remembrance]

[Version française] Depuis la fin octobre à Montréal, je remarque le port d’une fleur rouge et noire sur le côté gauche des vestes. Et ce port de la fleur rouge va en s’accroissant : les gens qui l’affichent à leur revers sont toujours plus nombreux. Pour être plus explicite, voilà ce que je vois à peu près partout :

Red flowers. Red flowers everywhere.

Et ça :

Photo diffusée par McDonald’s Canada.

Et ça :

L’anchorwoman de The National (le journal télévisé du soir, sur CBC – réseau public anglophone).

Et ça :

Stephen Harper (Premier ministre du Canada) et Julia Gillard (Premier ministre de l’Australie) en novembre 2010.

Je devinais assez facilement que ça n’avait rien à voir avec un phénomène de mode impromptu. Et que ce n’était pas le retour du « carré rouge » sous une forme ronde et florale. Et que ça ne pouvait être le logo d’un événement du type Sidaction ou Semi-marathon contre le cancer du sein ou Journées de la culture.

N’en pouvant plus de rester dans l’ignorance, je prends mon courage à deux mains et m’en vais questionner deux camarades à la fin d’une conférence en politique étrangère asiatique – qui portent justement cette fleur rouge. Ils ne se moquent pas de ma question ; au contraire, ils prennent un grand plaisir à me répondre. En substance, voici ce que j’ai compris :

C’est un coquelicot (poppy) en tissu. On le porte dans les semaines précédant le Jour du Souvenir (Remembrance Day), pour commémorer les soldats morts à la guerre. Bien que le Remembrance Day soit le 11 novembre, on célèbre les morts de toutes les guerres où le Canada a combattu, pas seulement ceux de la Première Guerre mondiale. Le poppy ne s’achète pas ; on le reçoit en échange d’un don pour la Légion royale canadienne. Le coquelicot n’est pas seulement porté au Canada, mais dans l’ensemble des pays du Commonwealth of Nations (Grande-Bretagne, Australie, etc.).

En écoutant leur explication, je me suis senti bête : bien sûr, je savais que les Britanniques portent aussi un coquelicot pour le 11 novembre – l’un des deux étudiants questionnés était Anglais. À ceci près que je n’aurais pas imaginé que son port soit si répandu, surtout deux semaines avant l’échéance.

Étant désormais moins ignorant, je me suis donc rendu à l’Y-intersection (le principal croisement d’allées sur le campus de McGill), où un stand de la Légion royale canadienne était installé (par -4°C). Et très simplement, je leur ai donné une pièce de monnaie et ils m’ont donné un coquelicot. Un coquelicot en velours, avec une épingle. En images, ça donne ça :

Mon coquelicot vu par ma webcam

Le port du coquelicot est assez réglementé : pas question de porter un coquelicot violet, ni de le porter du côté droit de la veste, ni d’en faire des découpages esthétiques. La Premier ministre du Québec l’a appris à ses dépens.

Contrairement à la France, donc, c’est une journée pour tous les morts à la guerre. La symbolique en est alors changée, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’un jour pour la victoire et la fin d’une guerre en particulier, mais d’un moment pour l’ensemble des victimes de la guerre et des anciens combattants, sans distinction de période. Le site d’Anciens combattants Canada indique que le Canada est intervenu outre-mer au cours de la deuxième Guerre des Boers, pour les deux Guerres mondiales, la Guerre de Corée – et plus récemment en Afghanistan, en ex-Yougoslavie ou à Haïti (mais pas en Iraq).

D’ailleurs, qui sait que des soldats canadiens sont morts en France ? La quasi-totalité de la population française l’ignore (à l’image de la vision assez réductrice qu’elle a des deux Guerres mondiales). Il suffirait pourtant de se promener dans les cimetières militaires de Normandie ou de Picardie pour se rappeler de l’importance des troupes venant des dominions britanniques. La bataille de Vimy (Pas-de-Calais) en avril 1917 a été menée par les Forces canadiennes, leur permettant d’obtenir une place à part entière parmi les Alliés durant la Première Guerre mondiale. Le 6 juin 1944, ce sont les Forces canadiennes qui ont débarqué à Juno Beach en Normandie, aux côtés des Américains et des Britanniques.

Ne sachant pas (encore) comment se déroulent les commémorations du Remembrance Day au Canada, je m’abstiendrai de les comparer avec celles du 11 novembre en France. Mais, curiosité canadienne, les provinces de l’Ontario et du Québec ne rendent pas le 11 novembre férié. Cela n’a de toute manière aucune importance, vu qu’en 2012 le 11 novembre tombe un dimanche.

PW

– – –

p.-s. 363 membres de la communauté mcgilloise ont perdu la vie dans la Première Guerre mondiale, 298 dans la Seconde Guerre mondiale.

p.p.-s. En début d’article, j’évoquais le « carré rouge ». Il s’agit – vous le savez sans doute – du symbole visuel de la contestation étudiante du « printemps érable », alors que les étudiants québécois ont protesté pendant plusieurs mois contre une hausse des droits de scolarité. Son port est désormais anecdotique (en réalité, depuis mon arrivée en août, j’en ai vu très peu).

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