OtTo – 1 : Ottawa au cœur du Canada

OtTo n’est pas une panégyrique de von Bismarck, mais un ensemble de deux articles sur mon voyage à Ottawa puis Toronto, du 6 au 10 mars. Par souci d’intelligibilté, j’ai séparé mes compte-rendus d’Ottawa et Toronto, et chercherai (dans la mesure du possible) à ne pas me transformer en rédacteur du Guide bleu
Maman, si tu me lis : rassure-toi, je n’ai pas passé toute la soirée à écrire cet article ; le brouillon était déjà prêt depuis plusieurs jours et attendait juste d’être publié.

Les drapeaux des trois territoires, des dix provinces et du Canada (de gauche à droite) (près du Musée canadien de la Guerre)

Les drapeaux des 3 territoires et des 10 provinces, et le drapeau « Unifolié » du Canada (de gauche à droite) (près du Musée canadien de la Guerre)

Ottawa, la capitale du Canada (pays membre du G8 et quatorzième économie mondiale), plus d’un million d’habitants dans l’agglomération.
En descendant de l’autocar, puis tandis que je promenais dans la ville, j’ai eu du mal à corroborer ces données : de larges avenues où quelques rares passants pressent le pas, d’immenses espaces verts blancs en centre-ville, pas de métro, une cathédrale dont la superficie est comparable à la chapelle de mon lycée. Les résidences officielles du Gouverneur général et du Premier ministre sont perdus dans ce qui pourrait passer pour une zone pavillonnaire chic de grande banlieue ; les édifices (Rideau Hall et Sussex Drive) ressemblent davantage à des manoirs avec un grand jardin ; l’idée saugrenue selon laquelle l’ambassade de France (voisine et plus imposante) serait en fait la véritable résidence primoministérielle m’est même venue à l’esprit.
Tous ces constats rendent-ils Ottawa moins « crédible » ? Absolument pas ; c’est justement là tout le charme d’Ottawa. La ville s’entend comme le cœur battant de la politique fédérale du Canada, ainsi que son principal centre patrimonial.

Ottawa, depuis la corniche du musée des Civilisations à Gatineau (le 6 mars 2013 vers 17h15)

Ottawa, depuis la corniche du musée des Civilisations à Gatineau (le 6 mars 2013 vers 17h15)

Ainsi, j’ai mis à profit ces trente-six heures passées à Ottawa pour toucher enfin à une chose inexistante à Montréal : les institutions politiques ! (Parce qu’à Montréal, politique veut dire commission Charbonneau, pasta ou encore frais de scolarité ; la politique « classique » se déroule ailleurs…) Jean Baptiste, étudiant de troisième année à Sciences Po comme moi, effectue un stage long auprès du député de Lévis-Bellechasse (Québec) ; il a pu ainsi me faire entrer dans le « cœur de la centrale » (la Colline parlementaire), et (tenter de) m’expliquer certains mécanismes politiques.

Par un jeudi après-midi, nous nous sommes rendus dans la Chambre des communes, pour assister à la période des Questions orales. C’est l’équivalent des Questions au gouvernement au Canada, à ceci près que :

  • les Questions orales ont lieu tous les jours
  • les questions et réponses sont très brèves, et toujours adressées au président de la Chambre des communes (et non à l’interlocuteur)
  • les députés sont assis face-à-face, la majorité d’un côté, les groupes d’opposition de l’autre
  • les députés sont appelés non pas par leur nom, mais par celui de leur circonscription
  • les interventions se font en français comme en anglais – soit les députés sont bilingues, soit ils cherchent à le devenir

La ressemblance avec le régime parlementaire britannique est plutôt évidente. Le Premier ministre et le chef de l’Opposition officielle sont assis l’un en face de l’autre – oui ! j’ai vu Stephen Harper et Thomas Mulcair en chair et en os !. Les ministres restent députés de leur circonscription (et il n’y a pas de ministre non-député). Les députés d’opposition posent leur question de façon « énergique » ; tandis que les membres du Cabinet leur répondent de façon « douce » (« énergique » et « douce » sont des euphémismes…). Certains portefeuilles de ministre peuvent étonner les Français : Steven Blaney est ministre des Anciens combattants et de la Francophonie (et ministre de plein exercice), Diane Finley est ministre des Ressources humaines (comprendre : Emploi)…
Toujours pour filer la comparaison avec Londres, le Parlement est dominé par la Tour de la paix, abritant des cloches et sonnant l’heure (le Big Ben d’Ottawa en somme). Le nom de la Tour de la paix a été inspiré par le contexte de Première Guerre mondiale, à l’époque où l’on reconstruisait le Parlement détruit par un incendie ; la bibliothèque du Parlement, en revanche, est plus ancienne (et préservée des flammes). Tandis que l’aile ouest abrite la Chambre des communes (à la tonalité verte), le Sénat (reconnaissable au rouge) occupe l’aile est.

Je ne remercierai jamais assez Jean Baptiste pour cet aperçu de l'activité politique fédérale du Canada.

Je ne remercierai jamais assez Jean Baptiste pour cet aperçu de l’activité politique fédérale du Canada.

En dehors de la Colline parlementaire, il est très facile de reconnaître la dimension politique et administrative d’Ottawa. Sur les deux rives de la Rivière des Outaouais (Ottawa en Ontario, Gatineau au Québec), de nombreux immenses immeubles sont les quartiers généraux des départements fédéraux, repérables au logo gouvernemental Canada. Vous trouverez aussi la Cour suprême du Canada, dont les arrêts valent bien ceux de Karlsruhe ou de Washington. De plus, j’ai pu constater par moi-même qu’on pouvait, en l’espace de quelques heures, croiser dans la rue un député, puis un assistant parlementaire, puis encore un autre, puis trois autres d’un coup !

Le monument commémoratif de la guerre (et devant : la tombe du Soldat Inconnu)

Le monument commémoratif de la guerre (et devant : la tombe du Soldat Inconnu)

Ottawa n’est pas seulement une ville de fonctionnaires et de parlementaires. C’est aussi la capitale « identitaire » du Canada, avec ses monuments : le War Memorial (avec la tombe du Soldat Inconnu canadien) et le Peacekeeping Monument. Notez toutefois que les touristes étant peu nombreux, vous n’aurez aucun mal à prendre une photo dégagée des monuments ; en revanche, j’ai attendu plusieurs longues minutes pour qu’une passante accepte de me prendre en photo avec le War Memorial.
Une promenade dans le centre-ville vous conduira aussi au canal Rideau, qui relie Ottawa à Kingston. Dommage pour moi, je suis arrivé à Ottawa au mauvais moment : quelques semaines plus tôt, j’aurais pu glisser sur la plus longue patinoire du monde (en hiver ça gèle) ; quelques semaines plus tard, j’aurais vu un canal de plaisance et ses écluses à l’œuvre. Plus loin, on tombe sur un quartier dont je n’aurais pas soupçonné l’existence : le district autour du marché By, avec des immeubles anciens d’hauteur moyenne, avec de nombreux petits commerces. Le Major’s Hill Park vaut au moins pour sa vue sur la Colline parlementaire, et pour la statue du colonel By (encore lui).

Et dire qu'ils n'ont choisi que des mâts totémiques qui pouvaient rentrer dans le bâtiment !

Et dire qu’ils n’ont choisi que des mâts totémiques qui pouvaient rentrer dans le bâtiment ! (Grande Galerie des cultures autochtones, au Musée canadien des Civilisations)

Mais l’immense atout d’Ottawa réside dans ses musées, dont on ressort ravi et plus instruit (garantie : pas de mauvaise surprise !). Si les objets présentés sont souvent des artefacts sans grand intérêt intrinsèque, les musées brillent par la qualité des expositions : le cœur de la visite est en fait dans les explications détaillées et très pédagogiques, contenues dans les panneaux. Comptez plusieurs heures pour chacun des musées.
Le musée des Civilisations, à (Hull) Gatineau, traite de l’histoire du Canada. C’est là que j’ai constaté à quel point six mois de vie à Montréal m’ont peu appris sur ce pays. Autour des mâts totémiques, vous découvrirez les Premières Nations du Canada : leur(s) mode(s) de vie antérieurs et actuels, leur(s) identité(s) culturelle(s) et récits fondateurs, et surtout leurs différences (c’est peu dire qu’il y en a entre les Amérindiens de l’île de Vancouver et les Inuits de l’Arctique !), leur histoire avant et après l’arrivée des Européens. Les collections vous conduisent ensuite sur deux parcours. Le premier a trait aux « moments » du Canada : les premiers établissements de pêche à Terre-Neuve, la construction du chemin de fer Pacifique, les vagues d’immigration asiatique… Le second vous fera rencontrer des personnages-clés du Canada : William Logan (qui a réalisé la première carte géologique du pays), Tommy Douglas (« père » de la sécurité sociale canadienne), Jeanne Sauvé (femme politique pionnière), ou encore James Bernard Harkin, Alphonse Desjardins
Le musée de la Guerre … est un musée sur la guerre et le Canada. Là encore, je me suis demandé comment j’ai fait pour rester ignorant pendant une si longue période. Saviez-vous qu’au XIXe siècle, les Québécois étaient les plus fervents nationalistes canadiens ? Que des sous-marins allemands croisaient au large d’Halifax pendant les deux guerres mondiales ? Que les Canadiens ont aussi dû subir les privations alimentaires et qu’ils avaient tenté un débarquement à Dieppe en 1943 ? Que le Canada est à l’origine de la mission de maintien de la paix de l’ONU (crise de Suez, crise chypriote) ? Tout ça, c’est au musée de la Guerre qu’on l’apprend.
Enfin, plus petit mais tout aussi instructif (et surtout gratuit !), le Currency Museum vaut le détour. Au rez-de-chaussée de la Banque du Canada, se trouve le paradis du numismate, mais aussi du néophyte qui veut en savoir plus sur l’histoire des pièces et billets de tous pays. En particulier, j’y ai découvert que la taille standard des pièces n’a pas toujours été celle d’aujourd’hui (litote), et que des esprits abscons imprimaient des billets de $1.25 ou de $7… Des expositions temporaires sont actuellement consacrées d’une part à la disparition du penny, d’autre part aux nouveaux billets canadiens en polymère (avec une bande transparente, ils passent pour être plus fiables et indéchirables).

Ancré à gauche, Tommy Douglas a contribué à diffuser l’apologue Mouseland, pour illustrer sa ligne politique : il était une fois un pays de souris qui élisaient des chats (noirs ou blancs)… et si on votait pour une souris ?

Il y a aussi le musée des Beaux-Arts, et bien d’autres lieux qui méritent d’être vus.
Au fait, pourquoi une capitale à cet endroit-là ? Si j’en crois une plaque informative du pont Alexandra, plus de 150 ans après la Confédération, on se demande encore ce qui a pris la Reine Victoria de transformer la petite ville de Bytown en capitale en 1867. Simple hasard ? Volonté de ne pas choisir entre Toronto en Ontario et Montréal au Québec ? Hommage à la large et majestueuse rivière des Outaouais (Ottawa River en anglais) ? En tout cas, cette ville située en Ontario entend bien représenter, comme le soulignent les drapeaux des provinces et territoires de tout le Canada.
En somme, Ottawa n’est pas la petite ville sans âme, mais bien un lieu riche en activités politiques et ressources culturelles. À visiter.

No kidding, c'est l'atrium de la Banque du Canada.

No kidding, c’est l’atrium de la Banque du Canada.

PW – The Migratory Martlet

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