Regards croisés sur l’actualité

Chaussons nos lunettes françaises/parisiennes/sciencepistes et lisons l’actualité canadienne/québécoise/montréalaise/mcgilloise. Un exercice pas forcément rigoureux, mais je vous laisse en juger en 5 brèves.

Gambetta v. Crassus

Alors que la campagne BDE de Sciences Po commence, les étudiants de McGill viennent d’élire le bureau de la SSMU (Students’ Society of McGill University). Ici, point de livraisons de brownies en classe, point de Schweppes qui coule à flot sur des praticables gonflables. Les candidats (élus au scrutin uninominal à chacune des fonctions) arpentent le campus, distribuent des tracts et donnent des interviews dans les médias étudiants. Il faut dire que ce n’est pas vraiment un BDE, mais une sorte de gouvernement étudiant (avec supervision de la vie associative) : on est plus proche de la Troisième République de Gambetta que de la République Romaine de Crassus.
J’ai découvert, en voulant voter en ligne, que je n’avais pas le droit de vote. En même temps ce n’est pas très dommage, parce que je ne m’étais pas non plus informé outre-mesure sur les programmes (apparemment détaillés) des candidats.

This building hosts the SSMU, several food retail places, a Daycare, a Advocate office, the Orientation Centre, the International Student Services...

La SSMU administre elle-même cet immeuble, le Shatner Building.

Une succession tranquille à McGill

Suzanne Fortier a été désignée le 5 mars, principale de l’université McGill à compter de septembre pour un mandat de 5 ans. Diplômée de McGill (BSc 1972, PhD 1976), elle est professeur et chercheuse en chimie (sur la cristallographie aux rayons X). Avant de présider le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, elle était vice-rectrice de la prestigieuse Queen’s University (à Kingston, ON).
Mme Fortier succèdera à Mme Munroe-Blum (principale depuis 2003, enseignante de psychiatrie). La procédure avait commencé par un appel aux candidatures réalisé par le cabinet de recrutement international Odgers Berndtson en juillet 2012 (avec une liste détaillée des qualités requises) ; puis un comité de 14 membres (élus étudiants, employés, universitaires, alumni, et représentants du Board of Governors) a réduit la liste des 85 candidats jusqu’à auditionner 7 d’entre eux en novembre et choisir un unique nom.
Implicitement, au Canada on considère que seule une personnalité issue du monde de la recherche est habilité à diriger une institution d’enseignement supérieur. La procédure de sélection est semblable à celle de Sciences Po, mais pas la personnalité choisie.

Suzanne Fortier

Une succession tranquille au PLQ

Le Parti Libéral du Québec a élu un nouveau chef lors de son congrès dimanche dernier : Philippe Couillard. Il l’a emporté par environ 60% contre deux autres candidats, à l’issue d’une « course à la chefferie » où on a davantage retenu les attaques personnelles que les désaccords politiques. En devant leader du PLQ, il devient de facto candidat pour être Premier Ministre du Québec ; ses anciens adversaires (MM. Moreau et Bachand) ont déjà annoncé qu’ils travailleraient à ses côtés.
Philippe Couillard succède à Jean Charest, chef du PLQ depuis 1998 et Premier Ministre du Québec de 2003 à 2012. Très impopulaire, mis en cause par le printemps érable et des scandales de corruption, mais soutenu par son parti, M. Charest était donné perdant pour les élections provinciales de 2012 ; il a néanmoins mieux résisté que prévu, le PLQ étant devancé de moins d’un point par le PQ. Âgé de seulement 54 ans, Jean Charest s’est retiré de la vie politique où il était entré en 1984, et exerce depuis le métier d’avocat (sa seule intervention publique depuis sa défaite étant ses adieux lors du congrès du PLQ).
À noter que Jean Charest est un ami personnel de Nicolas Sarkozy, et que l’UMP aurait pu s’inspirer de sa succession au leadership.

Philippe Couillard lors du congrès du PLQ, dimanche 17 mars.

VIA Rail et les intempéries des Prairies

Cette semaine, un train qui devait relier Vancouver à Toronto a été bloqué pendant vingt-six heures dans le Saskatchewan, quelque part entre Edmonton et Saskatoon, avec plus de 150 passagers à bord. Dans le cas présent, il ne s’agissait pas de conducteur manquant ou de motrice en panne (Strasbourg → Port-Bou en 2010 si vous vous souvenez), mais d’une tempête de neige immobilisant plusieurs trains sur cette voie, sans que les équipes techniques puissent intervenir.
Il semblerait qu’hormis ce retard, les passagers n’aient pas eu de problème de confort ou de ravitaillement. Cette longue ligne transcontinentale reste moins fréquentée que l’axe Québec → Windsor, que j’avais emprunté sur le tronçon Ottawa-Toronto. Mais j’avais déjà remarqué que sur cet axe, les trains traversaient des passages à niveau (!).

Le volontarisme français, modèle pour le Québec

On reste dans les transports, mais l’actualité est parisienne et le regard montréalais.
Jean-Marc Ayrault présentait le Nouveau Grand Paris le 6 mars, futur réseau de métro rapide en Île-de-France (nouvelle version du Grand Paris Express du gouvernement Fillon). Cette fois-ci, le projet n’est plus une base de réflexion mais une décision annoncée avec un échéancier et un budget.
François Cardinal, de La Presse (dont j’avais déjà parlé antérieurement), rend un vibrant hommage au volontarisme français sur Radio-Canada. Selon lui, contrairement à Montréal (où le gouvernement québécois aurait peur de favoriser la métropole et où le réseau de métro ne s’est pas étendu depuis les années 1980), le gouvernement français aurait pris à bras le corps la question des transports collectifs par des investissements massifs et rapides (!).
Comment dire… F. Cardinal a-t-il suivi toute l’affaire ? En 2008, le « grand huit » de Christian Blanc faisait déjà suite à d’autres plans de la Région Île-de-France, faisant partie des vieux serpents de mer franciliens (on retiendra plus la lenteur que la rapidité). Le financement flou a déjà suscité des critiques par le passé, tandis que les élus locaux se demandent si l’impact positif sera à la hauteur.

Dans le même genre, j’ai trouvé ce reportage de Radio-Canada (émission Une heure sur la Terre), sur le système de santé publique. Là encore, dans une description quasi-idyllique, la France est érigée en modèle pour le Québec, pour la rapidité dans l’accès aux soins médicaux (avec des exemples illustrés : le SAMU, les urgences de Paris). Dans les premières minutes de l’émission, on comprend qu’une attente d’une heure et demie aux urgences parisiennes, c’est dix fois moins que l’attente à Montréal (!), et qu’avoir un médecin traitant pour chacun n’est pas une évidence dans tous les pays développés (!). Ne riez pas, ça n’a pas l’air d’être une plaisanterie.

PW – the migratory martlet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s