Thomas et Justin

Cette fin de semaine est sans doute l’une des plus importantes de la vie politique fédérale de l’année. Deux des trois principaux partis fédéraux canadiens organisent leur convention et s’apprêtent à tous deux à écrire une nouvelle page de leur histoire.

  • Le Nouveau Parti Démocratique redéfinit sa ligne politique
  • Le Parti Libéral du Canada se trouve un nouveau chef

Avant de détailler ces deux nouvelles, je vais tâcher de présenter le paysage politique canadien aussi brièvement que possible (pour l’exactitude ce sera une autre fois). Il faut dire que j’ai déjà dû répondre x fois à la question « c’est comment la politique au Canada ? » alors que pour l’essentiel tout ce que j’apprends se fait par Internet. La vie politique fédérale est totalement différenciée de la vie politique provinciale (au Québec comme ailleurs) ; ne tentez pas de projeter l’une sur l’autre.

Le résultat des élections fédérales de 2011

Jusqu’en 1993, c’était « simple ». Le Parti Libéral (centre) et le Parti Progressiste-Conservateur (droite) alternaient au pouvoir, avec un parti mineur de gauche (le Nouveau Parti Démocratique). La situation était comparable à celle du Royaume-Uni au début du XXe siècle.
Mais depuis 1993, une série de transformations du paysage politique conduit à dresser le tableau suivant, vingt ans plus tard (à la suite des élections de 2011) :
– Le Parti Conservateur du Canada, dirigé par S. Harper, est issu du vieux Parti Progressiste-Conservateur (conservatisme libéral classique) et de l’Alliance Canadienne (néoconservatisme fiscal et social). Pour la première fois depuis sa création, il détient une majorité absolue à la Chambre des communes (165 sièges sur 308).
– Le Nouveau Parti Démocratique, dirigé par T. Mulcair, regroupe les gauches (sociaux-démocrates et socialistes, écologistes et féministes) et a été lié au syndicalisme. Là aussi, pour la première fois de son histoire, il devient le deuxième parti avec 100 sièges, et forme l’Opposition officielle (alors que jusque-là il n’était qu’un tiers-parti).
– Le Parti Libéral du Canada, sans leader pour encore quelques heures, est historiquement le « parti de gouvernement », associé au progrès social et au fédéralisme. En 2011, il subit la pire défaite de l’histoire du Canada (depuis 1867), obtenant seulement 35 sièges et relégué au troisième rang.
– Le Bloc Québécois (5 députés) est le groupe politique des souverainistes québécois. Après avoir prospéré pendant les années 1990 et 2000, il subit aussi une défaite cuisante en 2011.
– Le Parti Vert du Canada a fait son entrée au Parlement en 2011 avec une députée.
On s’en tiendra là pour le paysage partisan du Canada ; vous trouverez tout ça sur Internet. Sachez juste que les élections fédérales se déroulent au scrutin uninominal majoritaire à un tour (pour la date des élections c’est un peu compliqué).

Ce week-end, donc, deux événements sont de nature à changer une nouvelle fois la donne.

Thomas Mulcair

Le NPD est réuni à Montréal en Congrès. Thomas Mulcair, 58 ans et député à Outremont (Montréal, QC), a été reconduit chef du parti (après avoir été élu en 2012, suite au décès brutal de Jack Layton qui avait mené au succès de 2011).
Thomas Mulcair se donne pour objectif de remporter les futures élections fédérales (prévues pour 2015). Or, le NPD sait qu’il lui faudra élargir sa base électorale et se recentrer ; en effet, le NPD a jusqu’ici été associé aux syndicats et à des références socialistes, assez peu fédératrices (en Amérique du nord, « socialiste », voire « social-démocrate », sont des gros mots : de l’extrême-gauche en somme).
Pour attirer à lui les électeurs centristes et progressistes, le NPD a donc approuvé aujourd’hui le retrait de la notion de « socialisme » qui était présente jusqu’ici dans ses statuts, insistant plutôt sur la « prospérité durable » : justice sociale et développement durable [à lire].
L’aile gauche du NPD est hostile sur cet aggiornamento idéologique, craignant que le NPD perde son identité et devienne un parti libéral bis.
Cependant, l’actualité du Parti Libéral est encore plus préoccupante pour le NPD. Jusqu’ici moribond, le PLC retrouve des couleurs en élisant son nouveau chef, ce week-end aussi. Le NPD peut craindre que les électeurs libéraux qu’il avait attirés en 2011 ne repartent vers leur parti d’origine, et sait qu’il doit son succès de 2011 au discours modéré de Jack Layton.

Justin Trudeau

Vers 18h (heure du Québec et de l’Ontario), les libéraux auront un nouveau leader, et sauf énorme surprise, Justin Trudeau devrait l’emporter avec une victoire écrasante (aucun suspense…) [à lire].
Comme dit plus haut, le PLC est encore convalescent depuis l’élection catastrophique de 2011, troisième défaite consécutive. Pendant deux ans, Bob Rae était le leader par intérim de ce parti, le temps de préparer une nouvelle « course à la chefferie » (la quatrième en dix ans).
Justin Trudeau, 41 ans et député de Papineau (Montréal, QC), devrait donc ce soir être « couronné » chef du Parti Libéral. Il est le fils de l’ancien premier ministre Pierre-Eliott Trudeau (1968-1979 et 1980-1984) : comme son père, il bénéficie d’une image dynamique et jeune qui suscite de l’enthousiasme (la « Trudeaumanie »). Toutefois – et ça lui a été vivement reproché par les autres candidats au leadership – il manque clairement de substance, rechignant même à avancer des propositions concrètes (renvoyant plutôt une image de star un peu superficielle).
Outre sa jeunesse, Justin Trudeau a deux atouts : il est largement plus connu que ses concurrents (presque inconnus), et surtout les sondages prédisent une victoire confortable des libéraux si Justin Trudeau devenait leur chef.

Avec Justin Trudeau, le PLC peut-il se reconstruire et redevenir le parti de gouvernement qu’il a été ? Thomas Mulcair saura-t-il garder au NPD les électeurs progressistes potentiellement attirés par un renouveau libéral ? L’un comme l’autre se donnent pour objectif d’arriver au pouvoir et d’en éjecter les conservateurs.

Vraisemblablement le futur « triel » fédéral à partir de ce soir (vu que ce n’est pas un duel).

Vous remarquerez que deux chefs sur trois partis fédéraux sont élus à Montréal. Est-ce surprenant ? Non, au regard de l’histoire contemporaine. De 1968 à 2006, le Canada a été presque toujours été dirigé par des Québécois, à l’exception de brefs intermèdes (1979-80, 1984, 1993). Cependant, tous (anciens premiers ministres et chefs actuels) sont fédéralistes, ce qui tranche avec la frange souverainiste de la population québécoise.

Enfin, comme je l’ai expliqué auparavant, en 3A j’aurai surtout vu la politique derrière mon écran d’ordinateur. Ce sont des choses qui arrivent.

PW – the migratory martlet

Mise-à-jour : Pas de surprise. Justin Trudeau a gagné très facilement et devient chef du Parti Libéral du Canada.

CBC News Network, 6:34 p.m.

CBC News Network, 6:34 p.m.

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