Far West : the Pacific Coast

Quand on passe deux semestres dans le Nord–Est des Amériques, avec un hiver froid et neigeux, on ne peut s’empêcher de saliver sur ces autres étudiants qui passent une 3A plus chaude et plus ensoleillée (et qu’ils sont nombreux). C’est donc en pleine période de midterms d’hiver que je décidais, sur un coup de tête, de planifier un voyage à l’Ouest.
N’étant pas motorisé et disposant d’un temps limité (que je ne voulais pas gâcher par une visite superficielle), il m’a fallu choisir deux villes : du 3 au 8 mai à San Francisco, puis du 10 au 12 mai à Vancouver (les 2, 9 et 13 ayant été passés pour partie dans un avion).
Passons rapidement sur les détails techniques (pour les oublier dans la suite de l’article) : j’ai logé en auberge de jeunesse (les étudiants locaux étant soit en période d’examens, soit déjà partis). C’est aussi là que j’ai compris que si une youth hostel A coûtait nettement moins cher que la youth hostel B, c’est que les prestations de la A seraient moins bonne que la B (mais chose curieuse : partout, je passais pour le « matinal » de la chambre…).
Quant au transport, honte à moi qui ai choisi l’avion. J’avais bien envisagé de prendre le train entre San Francisco et Seattle, mais c’était à la fois plus cher et plus long (24 heures de train + le bus entre Seattle et Vancouver). Idem entre Vancouver et Montréal : pourquoi diable payer près de $1000 pour avoir juste le droit d’être assis pendant 5 jours dans un wagon ? Bref, j’ai pris l’avion, en profitant des très avantageuses “soldes de la Saint–Patrick” (?) avec Air Canada.
Concluant l’introduction, un diaporama de … mes chaussures, jour après jour.

SAN FRANCISCO L’IMPROBABLE

Ne connaissant rien des États–Unis à l’ouest (culturellement parlant), c’est l’œil totalement neuf que j’atterrissais à San Francisco, par un 2 mai particulièrement ensoleillé et chaud (même si mes contacts me parlent du “mauvais temps” : de la brume océanique…).
Sitôt mes affaires posées à la youth hostel, je me suis précipité pour me promener sur Embarcadero, le long des docks, profitant de temps en temps du soleil en m’étendant sur les pelouses (tout bien réfléchi ça faisait très longtemps que je n’avais pas vu tant de soleil d’un coup…). [N.B. Les Piers ne valent pas le coup, ils sont très commerciaux voire insupportables]

Le cable car de la ligne California (le long de California Street)

Le cable car de la ligne California (le long de California Street)

J’ai rapidement fait connaissance avec le cable car. Ce merveilleux engin n’a pas de moteur : il glisse le long d’un câble qui circule en permanence sous la chaussée, permettant ainsi de gravir puis de descendre les fortes pentes du centre–ville. J’aurai profité et même abusé des cable cars grâce au passeport MUNI. De même la plupart des autobus sont reliés à des câbles (aériens), formant un maillage efficace de Downtown San Francisco et aux fréquences élevées ; le réseau souterrain est bien moins développé (avec seulement quelques streetcars et les trains de banlieue passant sous Market Street).

Un jour, j’ai gravi la colline menant à la Coit Tower, avant de redescendre la côte, puis de remonter à nouveau une autre pente, sur la célèbre Lombard Street.
Dans la foulée, je me rends au niveau du Golden Gate Bridge. Après les photos de rigueur, je tente de le traverser mais… non : je ne peux pas. Au bout de quelques mètres, mes jambes tremblent, mes mains sont moites, et je tressaute pour peu que je sente les vibrations du vent, du trafic routier ou des autres passants. Demi–tour.

Cet échec mis–à–part, j’ai largement profité des musées, dont beaucoup sont gratuits un jour du début du mois. C’est ainsi que j’ai pu entrer dans l’Asian Art Museum et le SF MoMA sans verser un sou (je n’ai pas trop aimé le SF MoMA et de toute manière il ferme pour travaux en juin pour deux ans…).
J’ai payé pour le Legion of Honor Museum et le De Young Museum, mais ces deux musées réunis ne m’ont coûté que $4 (ticket couplé + réduction étudiante + réduction MUNI) et avaient des collections époustouflantes (l’un sur la porcelaine de Chantilly, Rodin et l’art européen ; l’autre sur les arts premiers et l’art contemporain, en nocturne avec accès à un concert). À visiter, sans hésitation. Si vous rechignez, sachez que pour passer d’un musée à un autre, vous pourrez vous arrêter devant Ocean Beach qui – comme son nom l’indique fait face à l’immensité de l’Océan Pacifique.

Downtown San Francisco vu depuis Corona Heights Park (entre deux vagues de brume)

Downtown San Francisco vu depuis Corona Heights Park (entre deux vagues de brume)

San Francisco vaut aussi pour ses parcs, si nombreux que j’aurais pu y consacrer tout mon voyage. Souvent situés sur les hauteurs, ils offrent des panoramas incroyables sur le reste de la ville (quand la brume veut bien nous laisser l’apercevoir). Corona Heights Park gagne à être plus connue, surplombant le quartier LGBT de Castro.
San Francisco est un patchwork improbable de quartiers très différents ; impossible de les décrire chacun de façon satisfaisante. On aime ou on déteste Haight–Ashbury mais impossible de rater ce coin où les herbes et champignons côtoient la littérature subversive. Chinatown est le carrefour des touristes à la recherche de la bonne affaire (très bien située entre Union Square et Financial District, et où l’on fait bonne chère pour pas cher), tandis que Japantown est plus soignée mais aussi plus calme. Pacific Heights et Russian Valley sont des quartiers résidentiels chic, énormément vallonnés. La meilleure façon de découvrir la ville (avec un passeport MUNI) est de prendre un bus au hasard, et de descendre dès qu’on en a envie (de toute façon les abribus indiquent l’heure du prochain passage).

IN CALIFORNIA : MARIN COUNTY, BERKELEY AND THE SILICON VALLEY 

Alors que je tentais une deuxième fois de franchir le Golden Gate Bridge à pied, un autobus (le 76) s’arrête devant le pont. Sans réfléchir à sa destination, je saute dedans. Le bus traverse le pont, puis pendant une bonne dizaine de minutes descend une route sinueuse sur laquelle nous ne croisons aucun autre véhicule (ni âme qui vive), seulement des prairies.
Il s’arrête devant une plage de sable sombre, avec quelques rares promeneurs, alors que la chaussée n’est plus bithumée. Bienvenue à Rodeo Beach, de Marin Headlands, là où l’Océan Pacifique déchaîné abat son écume sur la plage battue par le vent.

J'étais déjà assez petit comme ça... (Muir Woods)

J’étais déjà assez petit comme ça… (Muir Woods)

Pour voir un peu de nature, j’ai choisi le National Monument of Muir Woods, au nord de San Francisco. Après une tentative ratée de m’y rendre par mes propres moyens (la navette régulière Sausalito — Muir Woods n’est jamais venue…), je me résous à rejoindre une excursion onéreuse pour retraités ; mais au moins j’ai vu Muir Woods. En 95 minutes, j’ai déambulé dans cette forêt, entouré des séquoias géants de Californie, faisant plusieurs dizaines de mètres de hauteur et plusieurs mètres de diamètre (j’étais déjà petit avant…). Sous leurs épines, le soleil est tamisé et le silence règne, seulement troublé par le pépiement des oiseaux (et les cris inconvenants d’un couple de Français sexagénaires rencontrant apparemment un mille–pattes).

Après avoir rendu visite à Antonio (un ami du groupe d’intégration, étudiant cette année à University of San Francisco), je suis parti pour Berkeley, où est implanté un des campus d’University of California (que m’a fait visiter Adrien, un autre étudiant de Sciences Po en 3A). On comprend qu’UC Berkeley fasse tourner la tête pour les aspirants 3A : que dites–vous d’un campus arboré et aux bâtiments (presque tous) soignés, où les étudiants travaillent et bavardent sur les pelouses et les terrasses ? Le tout autour d’un campanile.

Et puis, j’ai découvert Stanford University (à Palo Alto).
nɔ̃ mɛ a.lo kwa ! C’est une université FOR–MI–DA–BLE ! Le campus est gigantesque, les étudiants le traversent en vélo (ou en jogging). Les bâtiments adoptent une architecture mauresque, avec les arches et les galeries couvertes ceignant des cours ; ils sont disséminés dans un parc alternant entre larges pelouses ensoleillées et grands arbres faisant de l’ombre. Le musée d’art on–campus et gratuit est immense ; le seul hall d’entrée est plus grand que l’amphi Boutmy…
nɔ̃ mɛ a.lo kwa ! Je veux étudier là–bas !!! On verra plus tard pour les critères académiques en graduate studies ; il me faut d’abord réunir l’argent : qui m’aide à séduire Liliane Bettencourt pour qu’elle me donne les sous ?

Un "tandem pour meeting" parmi d'autres étrangetés... (GooglePlex, Mountain View, CA)

Un « tandem pour meeting » parmi d’autres étrangetés… (GooglePlex, Mountain View, CA)

Du reste, Palo Alto est une des principales villes de la Silicon Valley, à une heure au sud de San Francisco (avec le CalTrain). Outre sa dimension universitaire, c’est aussi “one of the most affluent cities of the Nation”, puisqu’y habitent les patrons et fondateurs des principales firmes d’IT au monde. Leurs maisons sont plutôt modestes, mais ne vous y trompez pas : les trottoirs et pelouses sont d’une propreté surprenante, et la ville est couverte par de la WiFi gratuite pour tous.
Un peu plus loin se trouve Mountain View. On peut y visiter le Computer History Museum, qui vous rafraîchira (ou composera ?) la mémoire sur les évolutions de l’informatique, d’ENIAC jusqu’aux “dernières” innovations, en passant par IBM 360, Arpanet et la question du stockage de la mémoire. À Mountain View, d’étranges bicyclettes jaune–rouge–vert vous conduiront aussi au cultissisme GooglePlex. Oui, le quartier général de Google. Malheureusement le GooglePlex ne se visite pas (sauf sur invitation d’un salarié) ; mais un tour de l’extérieur a déjà suscité beaucoup d’attention (cf. ci-dessus).

VANCOUVER EN VERT

Je n’ai sans doute pas le regard le plus pertinent sur Vancouver. Trois blogs vous intéresseront davantage, grâce à Rébecca, Théo et Adrien.

En atterrissant à l’aéroport, première surprise sur le multilinguisme. Les panneaux sont traduits ; mais à côté de l’anglais on trouve le… chinois ; le français ne vient qu’après à côté du coréen, du japonais, de l’hindi et de l’espagnol.
Deuxième surprise (visuel) : alors que l’Est canadien est dominé par le rouge et le bleu, Vancouver a résolument fait le choix du vert, avec du jaune et parfois du bleu.
Troisième surprise : les Premières Nations sont partout dans les monuments, les indications et le tourisme culturel. Ce n’est pas qu’on s’en fiche à Montréal, mais j’aurais très bien pu vivre en les ignorant totalement et sans me sentir coupable.

First Nations are everywhere!

First Nations are everywhere!

Comme on me l’avait dit, Vancouver se découvre en se promenant. Quartier par quartier, à pied ou à vélo. Ainsi j’ai passé mes premières heures à déambuler au bord de False Creek et d’English Bay. Le lendemain, j’ai loué un vélo et ai longé le Seaside (front d’eau), une très longue bande cyclable qui traverse l’incontournable Stanley Park, et puis Sunset Beach, John Lam Park, Kitsilano Beach, etc.
Downtown Vancouver couvre une péninsule dominée par de nombreux condominiums de très haut standing (i.e. de très hauts immeubles résidentiels, tout en verre et plutôt chic). Au pied de ceux–ci, on trouve des squares, ainsi que des rues plus commerçantes (dont Granville Street).

Vers l’est se trouve Gastown, le centre historique de Vancouver (milieu du XIXe siècle). L’attraction principale en est l’horloge fumante qui sonne les quarts d’heure de façon mélodieuse. Il y a aussi Chinatown, que j’ai trouvée assez… sale.

En 2010, Vancouver accueillait les Jeux Olympiques d’Hiver (même si l’essentiel des compétitions se déroulait à Whistler). Contrairement à Montréal en 1976 (qui a accumulé des dettes colossales à peine finies d’être remboursées et dont les équipements sont malempoint), Vancouver semble vivre une transition tranquille. L’ancien Olympic Village est devenu un quartier résidentiel huppé avec vue sur False Creek et Downtown, tandis que le Cauldron (le chaudron ? bref, l’endroit où il y avait la flamme) est inséré dans une place au bord de l’eau, entourée de cafés branchés. Enfin, le réseau de transport SkyTrain impressionne par sa propreté et sa fonctionnalité (à noter que RIEN, pas même un simili–tourniquet, ne vous force à valider votre titre de transport).

À Vancouver, l’activité essentielle n’est donc pas la visite des musées. J’en ai visité un : le Museum of Anthropology se trouve sur le campus d’University of British Columbia, lequel se trouve “au bout du monde” : tout à l’ouest de la ville, après plusieurs dizaines de minutes de bus et la traversée de plusieurs bois. Le MoA abrite de riches collections sur les First Nations de Colombie–Britannique (avec mâts totémiques et œuvres artistiques modernes desdites tribus), dont les Kwakwaka’wakw, Squamish et Haida (et les autres) ; cependant, si vous n’y connaissez rien, la visite guidée est sans doute indispensable (pour ne pas avoir l’air de ne rien comprendre devant les pancartes).
Le campus d’UBC était désert en ce samedi de mai ; avec ses larges avenues plantées (et des bâtiments si vastes et éloignés que je conçois mal l’intercours…). Seule la Wreck Beach était achalandée. On m’avait présenté Wreck Beach comme étant la plage naturiste d’UBC donnant sur le Détroit de Géorgie ; mais à part deux messieurs sur qui l’âge fait son œuvre, tout le monde était habillé.
Il y a aussi d’autres musées à Vancouver, mais j’avoue qu’ils sont soit petits, soit plutôt coûteux (les deux pour le Museum of Vancouver). Je garde un bon souvenir du Sun Yat Sen Chinese Classical Garden, qui reconstitue la maison (–type) d’un lettré de Suzhou sous la dynastie Ming (donc le nom de Sun Zhongshan prête à confusion). Dans le jardin se trouvaient un gingko vert et un érable rouge : le gingko pour la Chine et l’érable pour le Canada.

British Columbia is campaigning: Sam Sullivan (BC Liberals) vs. Matt Toner (BC NDP)

British Columbia is campaigning: Sam Sullivan (BC Liberals) vs. Matt Toner (BC NDP)

Un regret cependant : trois jours et demi, c’est un peu long si on se limite au centre–ville de Vancouver, mais insuffisant si on veut en sortir. Et pourtant, il y avait largement de quoi faire : sans même parler de Whistler ou de l’Île de Vancouver, je n’ai pas eu le temps d’aller au parc de Lynn Valley tout proche.
En tout cas, Vancouver mérite pleinement son statut de ville agréable à vivre. Certes, il pleut ; mais sur une bonne moitié de mon séjour, le soleil a été au rendez–vous (bien que j’ai eu recours au parapluie le dernier jour).

PW – the migratory martlet

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